Avec l'exclusion constante des ingrédients actifs dans les produits phytosanitaires autorisés sur les marchés clés, tels que l'Union européenne, les producteurs du monde entier sont contraints de modifier leur approche des opérations agricoles. Ilyas Boutamart, directeur commercial chez Calimaroc, explique comment la transition s'opère au Maroc.
Ilyas Boutamart déclare : "De nombreuses cultures ont été affectées par les récentes restrictions imposées à certains agents de lutte chimique. Les légumes, tels que les tomates, les poivrons et les courgettes, sont particulièrement touchés en raison de leur vulnérabilité aux ravageurs et aux maladies. L'interdiction de plusieurs molécules essentielles a encore aggravé leurs difficultés. Le secteur des agrumes est également confronté à des problèmes de gestion d'insectes tels que les cochenilles, qui sont de plus en plus difficiles à contrôler. L'impact se fait également sentir sur les produits non frais, tels que les céréales".
© Ilyas Boutamart, Calimaroc
Selon une étude récente de CropLife Maroc, cette situation entraînerait "des pertes de rendement de 5 à 70%, des pertes de qualité, une augmentation des coûts de 5 à 30% et une baisse de la rentabilité de la production agricole. Nous constatons déjà une augmentation des coûts de production de 15 à 30 % dans certains secteurs, en raison du passage à des produits alternatifs souvent plus chers et nécessitant plus d'opérations culturales".
Ces récentes restrictions favorisent la transition vers les solutions de biocontrôle, qui constituaient déjà une alternative intéressante pour les producteurs, mais dont l'adoption se heurte à de nombreux obstacles. "Le Maroc s'oriente vers une agriculture durable dans le cadre de la stratégie Green Generation 2030 du gouvernement. De plus en plus de producteurs optent pour des solutions de lutte biologique, poussés par la demande des consommateurs, le changement climatique et les récentes réglementations concernant les produits autorisés. Cependant, la transition ne se fait pas sans difficultés, notamment l'augmentation des coûts, la baisse de la productivité et le manque de formation. Cependant, les producteurs reconnaissent la nécessité de passer à un modèle hybride qui intègre les méthodes de lutte biologique et chimique, en mettant davantage l'accent sur la première.
Selon Ilyas Boutamart, certaines des solutions biologiques qui se sont avérées populaires auprès des producteurs sont les suivantes : "Dans les cultures souterraines, il existe une demande pour des macro-organismes utiles tels que Phytoseiulus persimilis pour lutter contre l'araignée rouge. L'utilisation de biopesticides, tels que ceux dérivés de Bacillus thuringiensis ou de champignons comme Beauveria bassiana, a connu une augmentation des applications contre un grand nombre de ravageurs. Les stimulateurs de défense des plantes (SDP), qui sont des extraits de plantes ou des micro-organismes, sont également utilisés par les producteurs marocains pour aider les plantes à renforcer leur immunité naturelle".
© Ilyas Boutamart, Calimaroc
"Les solutions de biocontrôle donnent des résultats positifs au Maroc, mais leur efficacité est conditionnée par une approche préventive et des changements dans les pratiques agricoles".
En termes de filières, trois cultures se distinguent par une transition avancée et réussie vers des solutions de lutte biologique. "Il s'agit des fruits à baies (fraises, myrtilles, framboises), dont la dépendance vis-à-vis du marché européen, où les résidus chimiques sont étroitement contrôlés, incite à l'adoption de prédateurs naturels et de biopesticides ; des cultures sous serre (tomates, concombres, poivrons), qui ont intégré avec succès des insectes auxiliaires pour lutter contre les ravageurs ; et des agrumes, où le biocontrôle contre les cochenilles et les mouches blanches a été mis au point.
"Le Maroc est bien placé pour devenir un leader régional en matière d'agriculture durable. Toutefois, des progrès restent à faire en termes de nouvelles réglementations, de recherche et de développement tenant compte des conditions locales et de soutien aux producteurs sous la forme de subventions et de formations. Le principal défi consiste à trouver un juste équilibre entre une production compétitive et des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement".
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Ilyas Boutamart
Calimaroc
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